Georges Noel, Tableaux Blancs

American Center, Paris, France 26/01/1984 - 03/03/1984

Un tableau de Goerges Noël ne représente rien - ni objet ni paysage - il ne suggère rien - ni profondeur ni mumière. il est avec intensité ce qui est là, une surface rugueuse tour à tour tailladée et silencieuse, tumultueuse et sculpturale.
Cette surface attire, on approche la main, on laisse courir ses doigts sur l'épaisseur sableuse, on sent les griffures, les barbes des coups de couteau, le creux des lignes enchevêtrées dont on n'arrive pas à distinguer le fond, un creux sous lequel semblent passer d'autres lignes. Ce n'est que plus tard que l'on se demande d'où vient cette consistance, ce grain rêche qui aurait presque un goût, un croustillant, fait pour mettre à nu les papilles, la pulpe sous la peau, fait pour décaper des sensations trop faciles, trop proches du visuel. Ces tableaux n'offrent même rien de vraiment plaisant à l'oeil selon les codes habituels, ni jeu de mat et de brillance, ni fondu ni coulée, ni peinture grasse ou fine. Il n'y a pas non plus de pesanteur, ce n'est pas le poids des tableaux, de leur matière épaisse qui importe, même si celle-ci ressemble à un mortier. Il n'y a pas d'allusion à une construction ni même à un mur. Tout est dans une richesse tactile indéfinissable : au premier abord on croit la comprendre dans le toucher mais elle élude et la plénitude et le sens. Malgrè la première crédulité de la main, elle reste inapprochable.

Texte Madeleine Deschamps : Sans Titre, 1984, publié dans Madeleine Deschamps, Plaquette - Georges Noël, Tableaux Blancs, American center, Paris, 1984, p.1.

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